Article publié le samedi 10 octobre 2026 dans la catégorie bien-être.
Anubis figure parmi les divinités égyptiennes les plus immédiatement reconnaissables, avec sa tête de canidé et son lien étroit avec les tombes. Ses capacités ne relèvent pourtant pas d’un pouvoir de mort au sens destructeur. Elles concernent surtout la préservation du défunt, son passage dans l’au-delà et la régularité du jugement funéraire. Gardien des nécropoles, patron des embaumeurs et assistant du tribunal d’Osiris, il assure que les rites nécessaires à une existence après la mort soient correctement accomplis.
Anubis dans la mythologie égyptienne : un dieu des morts, pas un dieu de la mort
Anubis est un dieu funéraire représenté sous l’apparence d’un homme à tête de canidé, le plus souvent assimilé à un chacal. Cette forme renvoie aux animaux observés près des zones désertiques et des nécropoles. Les Égyptiens ne voyaient pas en lui un tueur ni une incarnation de la mort :
il protège les morts et encadre leur passage vers une nouvelle forme d’existence.
À l’origine, Anubis occupe une place centrale dans les croyances funéraires, avant que le culte d’Osiris ne fasse de ce dernier le souverain principal de l’au-delà. Ses épithètes précisent ses attributions : Khenty-Imentiou, « Celui qui est à la tête des Occidentaux », associe le dieu aux défunts, symboliquement situés à l’ouest, là où disparaît le soleil. Neb ta-djeser, « Seigneur de la Terre sacrée », le relie directement à la nécropole. Il est aussi « Celui qui est sur sa montagne », protecteur dominant les lieux d’inhumation.
Cette fonction de médiateur rappelle, avec des différences profondes, les attributions d’autres divinités chthoniennes, telles que celles évoquées dans cet article sur
les pouvoirs d’Hadès. Anubis n’administre toutefois pas un royaume autonome : il intervient surtout dans les rites et au seuil du monde des morts.
Le pouvoir d’embaumement et la protection du corps du défunt
La protection du corps constitue l’une des missions majeures d’Anubis. Dans la religion égyptienne, le corps conservé permet au défunt de recevoir les offrandes, de maintenir son identité et de rejoindre l’au-delà. La momification n’est donc pas seulement une technique de conservation :
c’est un acte religieux indispensable à la continuité de la personne.
L’invention mythique de la momification
Dans la tradition la plus diffusée, Anubis embaume le corps d’Osiris après son meurtre par Seth. Il transforme ainsi le dieu défunt en modèle de résurrection et fonde symboliquement les pratiques funéraires humaines. Certaines généalogies mythiques font d’Anubis le fils d’Osiris et de Nephtys, mais les récits et filiations varient selon les périodes et les centres cultuels.
La momification protège la dépouille de la corruption, tandis que les formules, bandelettes et amulettes assurent sa protection spirituelle. Anubis veille ainsi à l’intégrité physique du mort, préalable à son accession au monde divin.
Le rôle d’Anubis auprès des embaumeurs
Les embaumeurs agissent sous la protection d’Anubis. Dans certaines cérémonies, un prêtre porte un masque figurant sa tête afin d’incarner rituellement sa présence. Cette identification donne une dimension sacrée aux gestes techniques accomplis sur la momie.
Les principales fonctions rituelles associées au dieu peuvent être résumées ainsi :
- la préservation du corps par l’embaumement et les bandelettes ;
- la défense de la tombe contre les profanations et les forces hostiles ;
- la restauration symbolique des facultés du défunt ;
- l’accompagnement vers le jugement d’Osiris.
Le rituel de l’ouverture de la bouche, auquel Anubis peut être associé, rend symboliquement au défunt la parole, la vue, l’ouïe et la capacité de recevoir les offrandes.
Le mort n’est pas pensé comme inerte, mais comme un être appelé à vivre autrement.
Le guide des âmes vers l’au-delà
Après la préparation de la momie, Anubis devient un guide. Il accompagne le défunt dans la Duat, terme désignant le monde de l’au-delà, souvent décrit comme un espace complexe, jalonné de portes, de divinités et d’épreuves. Son rôle est celui d’un protecteur compétent des territoires funéraires.
L’escorte du défunt jusqu’au tribunal d’Osiris
Anubis conduit le mort vers le tribunal présidé par Osiris. Cette présence garantit que le défunt arrive dans un cadre rituel ordonné et qu’il peut se présenter au jugement. Il ne décide pas seul de son destin, mais son intervention est essentielle :
sans rites accomplis ni conduite sûre, l’accès à l’au-delà demeure menacé.
Cette position de passeur peut être rapprochée de celle d’Hécate, gardienne mythologique des seuils et des passages, dont les fonctions sont détaillées dans
ce guide consacré aux capacités d’Hécate.
La protection contre les dangers du monde des morts
Textes funéraires, formules et objets déposés dans les tombes visent à éviter la disparition définitive, la faim, l’errance ou l’agression d’êtres hostiles. Anubis protège particulièrement la momie, le tombeau et la route du mort. Son autorité sur les nécropoles explique sa présence fréquente sur les sarcophages, les bandelettes et les scènes rituelles.
La pesée du cœur : Anubis, garant du jugement des morts
La scène de psychostasie, ou pesée du cœur, est l’image la plus célèbre des attributions d’Anubis. Elle apparaît notamment dans le chapitre 125 du Livre des morts. Le dieu surveille une balance sur laquelle le cœur du défunt est comparé à la plume de Maât.
La balance, la plume de Maât et le cœur du défunt
Le cœur, appelé ib, est le siège de la conscience, de la mémoire et de la responsabilité morale. La plume représente Maât : vérité, justice, ordre du monde et juste équilibre. Un cœur trop lourd révèle une vie contraire à ces principes.
| Élément | Fonction dans le jugement |
| Anubis | Contrôle et ajuste la balance |
| Plume de Maât | Mesure de vérité et de justice |
| Thot | Consigne le résultat du jugement |
| Ammit | Dévore le cœur du défunt déclaré indigne |
Une fonction d’arbitre plutôt que de juge suprême
Anubis n’est pas le juge souverain : Osiris préside le tribunal, tandis que Thot enregistre le verdict. Anubis garantit la fiabilité de l’opération. Son rôle est donc celui d’un arbitre rituel, impartial et protecteur de l’équilibre.
Il fait respecter la procédure sacrée sans prononcer seul la sentence.
Les symboles et représentations associés aux pouvoirs d’Anubis
Les images d’Anubis condensent ses fonctions protectrices. Elles ne constituent pas de simples ornements : elles signalent sa présence dans les espaces où le corps, la tombe et l’identité du défunt exigent une défense particulière.
Le chacal noir et sa signification funéraire
La couleur noire de son pelage ne décrit pas nécessairement un animal réel. Elle évoque le limon fertile du Nil, la régénération et le renouveau. Le chacal noir associe ainsi la proximité des nécropoles à une promesse de renaissance.
Le noir d’Anubis est une couleur de fertilité et de transformation, non de malheur.
Les attributs rituels et les amulettes protectrices
Anubis peut apparaître couché sur un coffre, debout près d’une momie ou associé à l’imiout, emblème formé d’une peau animale suspendue à un support. Des amulettes à son effigie étaient destinées à renforcer la protection du mort. Ces symboles rappellent que le dieu agit au contact de la dépouille, là où la vulnérabilité du défunt est maximale.
Les limites du pouvoir d’Anubis face à Osiris et aux autres dieux égyptiens
Anubis possède une autorité considérable, mais circonscrite au domaine funéraire. Osiris règne sur l’au-delà et incarne la renaissance après la mort ; Anubis prépare, protège et conduit. Cette répartition évite de confondre leurs rôles. De même, il ne remplace ni Thot, garant de l’écriture et du calcul du verdict, ni Maât, principe même de l’ordre juste.
Comparé à
la puissance d’Odin dans la mythologie nordique, Anubis n’est ni un souverain universel ni un dieu de guerre. Sa force réside dans une compétence précise :
garantir la protection rituelle et le passage juste des morts.
Ce qu’il faut retenir du rôle funéraire du dieu
Anubis incarne moins une puissance de mort qu’une
garantie de passage et de protection. Il veille au corps par l’embaumement, accompagne le défunt dans la Duat et assure l’équité de la pesée du cœur, sans se substituer à Osiris, maître de l’au-delà. Cette répartition des rôles montre combien la religion égyptienne associait survie après la mort, préservation matérielle et conduite morale. Sa figure de chacal noir traduit ainsi une idée de régénération plutôt que de menace. Comprendre Anubis suppose donc de le voir comme un
médiateur entre le monde des vivants et celui des morts, dont l’autorité repose sur le respect des rites et de Maât.
Les questions fréquentes
Anubis était-il considéré comme un dieu maléfique ?
Non. Son association avec les morts ne faisait pas de lui une divinité hostile : il représentait au contraire la sécurité du défunt et le bon accomplissement des rites. Les Égyptiens lui demandaient d’éloigner les menaces qui pesaient sur la tombe et sur le voyage posthume.
Anubis est avant tout un protecteur.
Pourquoi Anubis a-t-il une tête de chacal ?
Le chacal, ou plus largement le canidé, fréquentait les abords désertiques des cimetières et pouvait menacer les sépultures. Lui attribuer cette forme revenait symboliquement à placer ces lieux sous l’autorité d’un gardien capable de repousser les dangers. La représentation animale exprime donc une fonction protectrice, et non une adoration littérale de l’animal.
Anubis et Wepwawet désignent-ils le même dieu ?
Non, même si leurs apparences et certains rôles peuvent se rapprocher. Wepwawet, souvent figuré comme un loup ou un canidé, est « l’ouvreur des chemins » et possède aussi des fonctions guerrières et processionnelles. Anubis est plus spécifiquement lié à l’embaumement, aux nécropoles et au jugement funéraire. Les traditions locales ont parfois favorisé des rapprochements entre eux.
Les personnes ordinaires pouvaient-elles invoquer Anubis ?
Oui, sa protection concernait tous ceux qui espéraient une sépulture correcte et une survie dans l’au-delà, même si les pratiques variaient fortement selon le statut social et les époques. Prières, formules funéraires, images et amulettes pouvaient solliciter son aide.
Le culte funéraire visait d’abord à préserver l’identité du défunt.
Pourquoi Anubis est-il parfois représenté couché ?
La posture du canidé couché sur un coffre ou près d’une tombe exprime sa vigilance. Elle évoque un gardien immobile mais attentif, placé à la frontière entre les vivants et les morts. Dans le contexte funéraire, cette image affirme la protection durable du sarcophage, des objets déposés dans la tombe et du corps momifié.
Anubis avait-il un culte important en Égypte ancienne ?
Oui, son culte était solidement ancré dans les pratiques funéraires et dans plusieurs centres religieux, notamment Cynopolis dans la Moyenne-Égypte. Son importance a perduré même après l’ascension d’Osiris. Il ne régnait pas seul sur l’au-delà, mais son intervention restait essentielle dans les rites liés à la momification et à l’inhumation.